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Revue de Presse Sociale spéciale Gilets Jaunes – Février 2019

« La lutte de classe est nationale dans sa forme et internationale dans son contenu » K. Marx

Par Mathieu

Depuis plus de deux mois, une mobilisation sans précédent, celle des Gilets Jaunes (GJ), secoue l’ensemble de la France jusque dans ses profondeurs. Cela se produit alors que le gouvernement est archi minoritaire et majoritairement rejeté par la population. Les institutions anti-démocratiques de la Ve République, ses partis, les directions syndicales qui pratiquent la collaboration de classe, la police, la justice : tout est remis en cause. Et toute tentative de récupération politique est vouée à l’échec.

Depuis le 17 novembre, chaque samedi, ce sont des centaines milliers de personnes qui défilent dans les rues, qui occupent les rond-points, qui bloquent les routes et les autoroutes, parfois même les zones industrielles ou commerciales. Au départ, les revendications se centraient contre l’augmentation des taxes sur les carburants.

La mobilisation s’est ensuite radicalisée et s’est décantée pour prendre un tour plus politique : la démission de Macron, le président élu grâce à un hold-up électoral, que les institutions de la Ve République ont permis, est désormais une des revendications centrales du mouvement.

gilets_jaunes_calvados-3975717Les revendications exigent aussi plus de démocratie, le contrôle des élus, plus de services publics, des hausses de salaires, c’est-à-dire tout ce qui va à l’encontre des politiques menées par les gouvernements de droite et de « gauche » depuis près de quarante ans, en accord avec les directives européennes et les grandes institutions impérialistes internationales. Dans les manifestations et les rassemblements, les références à la Révolution française sont très nombreuses : les cahiers de doléances, la démocratie directe, le roi passé à la guillotine etc…

Les partis politiques institutionnels, non seulement ceux qui se relaient au pouvoir depuis des dizaines d’années, mais aussi ceux qui jouent le rôle d’opposants officiels et qui font tout autant parti du « système », sont massivement rejetés. Toutes les organisations qui ont refusé d’ouvrir une perspective politique qui réponde aux aspirations des masses, tous ceux qui ont refusé d’avancer une vraie alternative à l’Europe capitaliste, connaissent de sérieuses difficultés.

Les directions syndicales qui, depuis des dizaines d’années, pratiquent la collaboration de classe en négociant la destruction systématique des retraites, du chômage, des services publics, des droits des travailleurs sont, elles aussi, massivement rejetées. Elles ont d’ailleurs aggravé leur cas en condamnant ouvertement (CFDT) ou à demi-mot (CGT-FO-FSU) la mobilisation des GJ. Elles cherchent même à ménager des portes de sortie au gouvernement en organisant des « journées d’actions » sans lendemain, qui ont déjà montré leur caractère contre-productif. En revanche, à la base, de nombreuses structures syndicales ont rejoint les GJ.

La police et la gendarmerie sont les bras armés de l’État et du gouvernement Macron, Philippe, Castaner. Car la réponse du gouvernement face à la mobilisation des GJ est d’une brutalité inouïe. Pour le ministre de l’intérieur, C. Castaner, il s’agit de faire peur, de faire mal, très mal aux manifestants pour les décourager. Mais, si la réponse est violente, elle ne fait que renforcer la détermination de ceux qui sont mobilisés.

Enfin, en raison de son histoire révolutionnaire et de la tradition de son mouvement ouvrier, la France est toujours regardée avec attention, aussi bien par les bourgeoisies que par la classe ouvrière des différents pays, non seulement en Europe mais aussi dans le monde. Ceci à un tel point que dans plusieurs pays, le Gilet Jaune sert maintenant d’emblème à des mouvements de contestation.

Les chiffres de la mobilisation

unis le changement est possible

unis le changement est possible

En ce qui concerne les chiffres de la mobilisation, il faut d’abord retenir l’extraordinaire longévité et massivité des manifestations qui durent depuis plus de deux mois et demi, et ce malgré la répression très dure et les tentatives de division. Le 17 novembre, le ministère de l’intérieur qui minore systématiquement les chiffres, a recensé près de 300 000 manifestants, alors que les sources Gilets Jaunes basées sur les remontées du terrain, estimaient qu’il y avait eu 750 000 personnes. Lors de cette première journée il y a eu plus de 2000 rassemblements, qui, dans de nombreux cas, se sont transformés en occupation de rond-points, de péages autoroutiers, etc.

La mobilisation a diminué a moment de Noël et du Nouvel an – il n’y a jamais eu moins de 230 000 manifestants d’après les « GJ constructifs » – pour repartir à la hausse pour le mois de janvier, malgré la répression. Signalons aussi que les manœuvres du gouvernement pour mettre fin aux manifestations par l’organisation du « Grand débat national » ont été des échecs.

Lors des actes IX et X des GJ, le ministère de l’intérieur a avancé les chiffres ridiculement bas de 84 000 manifestants. Étant donné le dispositif policier annoncé dans le même temps – 85 000 hommes sur le terrain – cela aurait voulu dire un policier pour un manifestant… Le site « Gilets Jaunes constructifs » avance les chiffres suivants : 457 000 pour l’acte IX (12 janvier) et 432 000 pour l’acte X, 427 000 pour l’acte XI (27 janvier). Certains services de police avancent le chiffre de 360 000 pour l’acte IX. La page facebook « le nombre jaune » (qui annonce lui-même qu’il s’agit de décomptes incomplets) affiche des estimations autour de 150 000 manifestants par samedi. Dans certaines villes, comme Bordeaux ou Toulouse, les chiffres sont en hausse depuis le mois de janvier, réunissant à chaque fois plus de 10 à 15 000 personnes.

Parce qu’elles sont particulièrement touchées par la précarité, les bas salaires, les violences machistes au sein des entreprises, les femmes sont très mobilisées dans le cadre du mouvement des GJ. Dès le début, le rôle des femmes a été souligné dans les nombreuses occupations de rond-points. Des manifestations de femmes GJ ont également été organisées les dimanches à partir du mois de décembre, réunissant à chaque fois des milliers de personnes sur tout le territoire, notamment à Paris, Toulouse, Caen, Rennes, Saint-Étienne, Lyon ou encore à Montceau-les-Mines.

Paris 05-02

Paris 05-02

Il faut mettre l’ensemble de ces chiffres en lien avec ce qui se voulait être comme une manifestation massive de soutien au gouvernement et au président de la république. Macron, Philippe et compagnie voulaient rejouer la manifestation du 30 mai 1968. Ce jour, plusieurs centaines de milliers de personnes avaient descendu les Champs-Élysées pour apporter leur soutien au Général De Gaulle et mettre fin à la mobilisation de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Les « foulards rouges » étaient moins de 3 000 à défiler le 27 janvier entre la Nation et la Bastille, à Paris, dans le cadre d’une manifestation « nationale ». Là encore le ministre Castaner a éhontément menti en affirmant qu’il y avait 10 500 personnes. Les interviews publiées dans la presse montraient d’anciens manifestants de la « manif pour tous », de nombreux cadres supérieurs de grandes entreprises, etc. Les journalistes présents sur place faisait également part du caractère beaucoup plus âgé du cortège en comparaison à ceux des GJ.

Les chiffres de la répression

Les chiffres de la répression du gouvernement contre les manifestants sont terrifiants. Le ministère de l’intérieur adopte une logique de répression systématique contre les manifestants et se place dans la continuité de la stratégie de la peur mise en place depuis la mobilisation contre la loi travail en 2016.

Au 29 janvier, d’après les chiffres du journaliste David Dufresne qui cites des sources du ministère de l’intérieur, il y a eu 7 000 interpellations et 1 000 condamnations. Au 10 janvier 2019, soit avant les actes IX, X et IX, il y avait eu 6 475 manifestants interpelés dont 5 339 avaient été mis en garde à vue. Sur ce chiffre, le dossier de 1 235 personnes avait été classé sans suite, faute de preuves. Huit-cent-quinze avaient été jugées en comparution immédiate. Parmi elles, plusieurs centaines avaient été condamnées par la justice, soit à des peines de prison, soit à des travaux d’intérêt général, soit à des amendes. Cent-cinquante-trois ont été placés en détention provisoire. Jamais il n’y a eu en France autant d’interpellations dans le cadre d’un mouvement social. C’est désormais, le gouvernement Macron Philippe qui détient ce record.

Samedi 8 décembre, des blindés de la gendarmerie étaient disposés pour la première fois dans Paris

Samedi 8 décembre, des blindés de la gendarmerie étaient disposés pour la première fois dans Paris

Dans le contexte de la mobilisation des GJ, le gouvernement entend également durcir les restrictions à la liberté de manifester, remettant en cause un des droits démocratiques les plus élémentaires. Une proposition de loi déposée en octobre au Sénat à majorité « les républicains » est en cours d’adoption à l’Assemblée nationale avec l’appui du gouvernement et de « La République en Marche » afin d’étendre les mesures anti-hooligans à une large partie de la population. Des mesures appliquées à des supporters de foot violents seraient ainsi valides également pour de simples manifestants. Ce projet est d’autant plus grave lorsque l’on sait qu’il y a actuellement 19,8 millions de personnes fichées en France à divers titres. Ce projet de loi a été condamné par de nombreux avocats, par des magistrats, par certains députés, y compris certains au sein du groupe parlementaire de « La République en Marche ».

La répression c’est également la mutilation physique. Au moins une personne est morte en raison de la répression policière. Il s’agit d’une femme de 83 ans habitant à Marseille qui a reçu une grenade tirée par la police – en tout onze personnes ont perdu la vie, notamment sur des barrages routiers. D’après le collectif désarmons-les La répression policière a fait au moins 124 blessés graves. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu l’usage d’au moins un œil, dont certains définitivement. Le dernier exemple notoire de cette brutalité, c’est le cas de Jérôme Rodrigues, plombier de 40 ans, qui a été touché par un tir de LBD40, arme également connue sous le nom de flashball, dont l’usage peut être mortel à moins de 10 mètres de sa cible. D’après David Dufresne, il y a 1900 blessés, dont 160 à la tête.

Des mains et des doigts ont également été arrachés, notamment en raison de l’usage de grenades GLI F4, qui ont été interdites dans de nombreux pays européens, car ces grenades lacrymogènes contiennent du TNT et leur explosion peuvent provoquer de graves blessures. Signalons que certaines mutuelles ont refusé de prendre en charge les frais de santé liés à ces blessures.

quelques visages de la répression

quelques visages de la répression

Depuis le 17 novembre, le nombre de saisies de l’IGPN (police des polices) à cause des violences policières atteint également des records. Il y a 243 signalements déposés à l’IGPN.

Les GJ hors de France

Gelbwesten, Yellow vests, Chalecos amarillos, Gilet giali, Coletes amarelos… depuis plus de deux mois, ces mots se répètent sur les premières pages des journaux, dans les télévisions, sur les sites internet à travers l’Europe et le monde. Au début du mois de janvier, il y a avait eu des mouvements inspirés par les GJ dans au moins 22 pays. Aux frontières avec la Belgique et l’Espagne, des jonctions ont eu lieu entre GJ français et GJ belges et espagnols. Il y a également eu des appels inspirés par les GJ au Portugal, au Royaume-Uni ou encore en Serbie. Au Royaume-Uni, l’appel se faisait contre l’austérité. En Serbie, le mouvement a pris de l’ampleur et s’est poursuivi au mois de janvier pour exiger la démission du président Vučić. Chaque semaine des milliers des personnes défilent dans les rues de Belgrade. Dans ce pays, le point de départ de la contestation a aussi été le prix de l’essence.

Le 29 janvier

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