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La mobilisation contre la loi Vidal à un tournant

03/05/2018 les étudiants de différentes facs parisienne manifestent et s'invitent à la manifestation de l'intersyndicale de l'éducation à Montparnasse

Mardi 24 avril

Laura, Keno, Alexandre et Paul Amour, militants à Solidaires Étudiant-e-s Paris 3, ainsi que Griselda du comité de mobilisation contre la sélection et la privatisation, répondent aux questions de l’Internationaliste.

L’Internationaliste : Comment se déroule la mobilisation ?

Paul Amour : Solidaires Étudiants Paris 3 Censier a exprimé dès la rentrée de septembre son opposition aux ordonnances Macron relatives au droit du travail. La destruction du code du travail concerne évidemment les étudiants, qui sont des travailleurs en formation.

C’est pourquoi nous avons fait le lien entre notre lutte unitaire contre la fusion de 2016, avec la lutte contre les ordonnances- Macron et contre la privatisation de l’université.

Dans les assemblées générales, les étudiants ont exprimé leur solidarité dès le 21 mars par des motions de soutien. Tout d’abord nous avons adopté une motion de soutien aux migrants et aux exilés en avançant la revendication suivante : « Non à la sélection des étudiants, non à la sélection des migrants ».

Puis nous avons soutenu les cheminots qui luttent contre la réforme ferroviaire, car nous sommes tous ensemble dans la lutte contre la privatisation des services publics.

Enfin nous avons adopté une motion de soutien à la lutte unitaire de Toulouse, qui dès le début s’est inscrit dans la durée grâce à la grève des personnels, et aux assemblées générales massives de plusieurs milliers de personnes.

Manifestation à Paris le 19 mars 2018 contre la loi Vidal

Manifestation à Paris le 19 avril 2018 contre la loi Vidal

Alexandre : Comme l’a expliqué Paul-Amour, suite au succès de la manifestation interprofessionnelle du 22 mars, et de la montée nationale des cheminots à Paris à Gare de l’Est, la mobilisation sur Paris 3 est partie comme une traînée de poudre.

Au début, nous n’étions qu’une poignée chaque jour pour venir à mobiliser la fac. Nous sommes allés dans plusieurs TDs et amphis expliquer le contenu de la réforme et pourquoi cette réforme devait être retirée, aujourd’hui abrogée.

À l’époque, il y a à peine 1 mois et demi, nos assemblées générales ne dépassaient pas les 50 personnes. Mais depuis quelques semaines, elles réunissent régulièrement plus de 700 personnes, et se prononcent pour le retrait pur et simple de la loi Vidal. Depuis le lundi 2 avril, le blocage et l’occupation sont reconduits par les étudiants.

En tant que syndicaliste, la première exigence envers la Présidence de notre Université est qu’elle se prononce officiellement contre la sélection et Parcours Sup.

Nous exigeons qu’elle accepte les candidatures d’inscription en première année de tous les nouveaux bacheliers, et ce dans la filière de leur choix.

C’est dans ce contexte, pour porter ces revendication que nous appelons au blocage du Conseil d’Administration là où ça se décide le vendredi 27 avril.

L’Internationaliste : Quelles activités avez-vous animées sur l’occupation de Paris 3 ?

Laura : Depuis le début de la mobilisation, nous insistons sur la sélection à la fois sociale et patriarcale de la loi Vidal et de Parcoursup.

D’une part, nous sommes les premières à être touchées par les privatisations de l’université et de tous nos services publics. Il est crucial que notre mouvement soit féminin et féministe car chacune d’entre nous a une place et un rôle à jouer dans la lutte! C’est pourquoi nous avons manifesté contre la loi Vidal la journée du 8 mars.

D’autre part, nous avons alerté à plusieurs reprises sur les comportements parfois sexistes et autoritaires envers les étudiantes, de la part de militants au sein du mouvement.

Manifestation 8 mars 2018Le 9 avril, en assemblée générale, au moment où j’annonçais le rendez-vous d’une assemblée générale non mixte, j’ai été huée par le dirigeant de l’UNI, qui ne voulait pas de débat féministe dans sa faculté.

Ces tentatives d’intimidation venant de secteurs ouvertement affiliés aux Républicains, m’a confortée sur la nécessité d’une réunion féministe non-mixte. Le vendredi 13 avril, nous avons donc avons maintenu notre rendez-vous autour du thème « Combattre le sexisme sous toutes ses formes : sexisme ordinaire, sexisme universitaire, sexisme dans le milieu militant. »

Cette assemblée générale non-mixte a été un succès et s’est révélée nécessaire pour créer un cadre de confiance de débat au sein des étudiantes et des minorités afin de libérer une parole trop souvent muette, y compris face à la parole de militants se déclarant d’extrême gauche et «anti-patriarcaux».

Keno : L’occupation a été l’occasion pour nous de faire connaître la campagne internationale BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanction contre l’état d’Israël) auprès des étudiants de Paris 3.

Le 17 Avril, nous étions une délégation étudiante à partir de Censier pour participer à la « Marche pour la liberté de tous les palestiniens » , pour la journée internationale pour la libération des prisonniers palestininens. C’est avec enthousiasme que les étudiants et étudiantes ont manifesté avec nous.

Le lendemain, nous avons organisé, conjointement avec une invitée de l’association Euro-Palestine, la première réunion publique sur le parvis de Paris 3 pour informer les étudiants sur la campagne BDS.

Cette réunion a suscité un réel engouement de la part des étudiants présents et nombreux sont venus l’écouter. Fort de ce succès nous avons crée un comité BDS à Paris 3 pour élargir l’impact de cette campagne dans les jours à venir !

L’Internationaliste : Comment se déroulent les cours et les partiels pendant la mobilisation ?

Paul Amour : Pour l’instant, la présidence de l’université ne s’est pas prononcée en faveur de la banalisation des cours les jours de mobilisation afin que toutes les étudiantes et tous les étudiants puissent participer aux manifestations et aux différentes initiatives de lutte.

Si elle a annulé les partiels de cette fin de semestre, notre revendication est plus large que cela. Nous demandons qu’à l’avenir l’Université respecte le droit syndical, y compris le droit de grève des étudiants les jours de mobilisation et de grève.

Dès le 29 mars, nous avons porté les propositions suivantes en assemblée générale : « Pour que la présidence s’engage à banaliser les cours les jours de mobilisation » et « Pour que la présidence s’engage à ce qu’aucun étudiant ne soit pénalisé en raison de sa participation aux mobilisations ».

29426083_573079293061136_3036117144661131264_nJ’ai pris la parole pour rappeler la nécessité d’un engagement officiel de la présidence à respecter nos droits,. En tant que syndicaliste étudiant, j’ai rappelé que la question des examens concernait tous les étudiants et étudiantes de l’Université qu’ils soient ou non mobilisés contre la loi Vidal.

Ce jour-là, la tribune a refusé de soumettre nos propositions à l’assemblée générale, car pour eux « on s’en fout de ça, ça a déjà été voté ». Se voyant minoritaire, alors que de nombreux étudiants dénonçaient ces manœuvres anti-démocratiques, la tribune a quand même soumis nos propositions au vote, et elles ont été adoptées à l’unanimité.

L’Assemblée Générale massive du 23 avril, a montré la détermination des étudiants à ne pas céder au chantage des examens puisque le blocage du Conseil d’Administration a été adopté à l’unanimité.

L’Internationaliste : Paris 3 Censier a-t-elle été touchée par la répression du mouvement étudiant ?

Keno : Bien sûr ! Au lendemain de la coordination nationale qui s’est tenue le 16 février, des vigiles privés ont été embauchés par la Présidence de l’Université, sur demande expresse de la Préfecture de Police, pour s’installer à l’entrée de l’université.

Sous couvert d’assurer la sécurité des étudiants et des personnels, l’objectif était bien sûr de contenir, de bâillonner la mobilisation au sein de l’Université.

Solidaires étudiant-e-s Paris 3, et le comité de mobilisation, nous avons immédiatement dénoncé ces vigiles comme un instrument de répression à l’encontre du mouvement étudiant, comme une mesure répressive de l’état d’urgence.

Nous avons aussitôt lancé une pétition pour exiger leur départ ainsi que le respect de la liberté d’expression et de circulation.

Notre travail de terrain a ouvert les discussions et réveillé les consciences pour ceux qui sont sincèrement attachés à la liberté d’expression et la liberté de circulation, et au pluralisme syndical, associatif, politique de notre université.

Les étudiants et étudiantes ont compris qu’il s’agit déjà d’une mesure de répression, qui ne dit pas son nom. La plupart qui ont connu la lutte contre la fusion, ont vu une continuité depuis la lutte contre la fusion, lorsque la Présidence avait aussi fait appel à des vigiles privés, après les blocages successifs de Conseil d’administration.

Cette campagne démocratique est incontournable de la lutte contre la privatisation et contre la sélection. Or nous sommes effarés de voir qu’aucune autre organisation syndicale ou politique n’ait voulu mener avec nous cette campagne démocratique.

Nous avons à ce jour récolté 1500 signatures d’ étudiants et de personnels de Paris 3 ce qui constitue un véritable succès. Nous les porterons à l’occasion de notre action au conseil d’administration le vendredi 27 Avril pour porter nos revendications et exiger le départ définitif des vigiles.

Paul Amour : Comme l’a expliqué Keno, Paris 3 Censier n’a pas été épargné par le répression, puisque ces vigiles ont tenté de nous intimider lorsque l’on diffusait les tracts de Solidaires étudiant-e-s pour la grève et la manifestation féministe du 8 mars, ou le jeudi 22 mars pour la journée de grève interprofessionnelle.

Nous avons conscience que le gouvernement choisit la répression comme moyen de faire taire le mouvement étudiant à échelle nationale. L’université de Toulouse Le Mirail s’est vue encerclée par les CRS lorsqu’ils ont commencé à s’organiser contre la mise sous tutelle du campus par le ministère.

À Montpellier, dans la fac de droit, une milice fasciste, aidée par des professeurs de l’université, et avec l’accord du doyen, a agressé très violemment les étudiants mobilisés en assemblée générale.

Contrairement à ce que prévoyait le gouvernement, ces attaques contre le mouvement ont réveillé la révolte des étudiants,. La détermination n’a pas été émaillée, mais bien au contraire renforcée. Le nombre d’étudiants en Assemblée Générale a fortement augmenté afin de décider démocratiquement l’avenir de leur université.

L’Internationaliste : Quelles perspectives envisagez-vous pour les suites ?

Alexandre : Il est clair que depuis le début du mouvement, le gouvernement à décidé de faire face par la répression pure. Il a non seulement peur d’un embrasement général des facs, mais aussi d’une jonction des étudiants avec les travailleurs touchés par les attaques du gouvernement.

Il faut garder en tête que, bien que le mouvement soit lancé, nous n’en sommes encore qu’ à ces débuts. Il nous faut donc continuer à mobiliser le plus d’étudiants autour de nous, en dépassant les clivages. Nous savons que cette réforme est rejetée par l’ensemble des étudiants, et nous devons de continuer à massifier le mouvement.

En résumé unité et massifications sont les armes avec lesquels nous vaincrons la répression pour aller jusqu’au bout de nos revendications.

Paul Amour : En effet, les assemblées générales doivent se massifier. C’est pourquoi là où nous intervenons, nous sommes attachés à défendre la démocratie interne du mouvement. Nous réaffirmons que l’Assemblée Générale est l’instance souveraine du mouvement : la tribune, les revendications, les modalités d’actions … tout doit être soumis au vote.

En construisant un véritable cadre démocratique de débat et d’action, dans lequel tous les étudiants et toutes les étudiantes pourront s’exprimer librement, nous pourrons aller vers un mouvement national pour exiger l’abrogation pure et simple de la loi Vidal.

Les étudiants se prononcent pour l’abrogation, mais nous avons conscience que l’UNEF et les organisations politiques qui la dirigent ( Hamonistes, France Insoumise, NPA …) se préparent à co-rédiger dès qu’ils le pourront, une mouture allégée de Parcoursup sur le dos des étudiants.

Griselda : Nous sommes à une étape d’élargissement et de massification de la mobilisation : de plus en plus d’étudiants et d’étudiantes, de plus en plus déterminés.

Le succès des cortèges étudiants dans la manifestation du jeudi 19 avril a été un révélateur de cette gronde qui sommeillait. Le gouvernement l’a très bien compris, et décide de déloger l’université de Tolbiac Paris 1 dès le lendemain matin.

Pour contenir la mobilisation, les meilleurs alliés du gouvernement demeurent les directions nationales syndicales. Ce sont elles qui freinent depuis le mois de décembre pour empêcher un mouvement d’ampleur dans les universités. Le dialogue social, existe aussi dans le mouvement étudiant !

Aucune confédération ou fédération d’enseignants n’a appelé à une journée de grève nationale contre la loi ORE, pour l’abrogation de la loi Vidal, contre Parcoursup.

Pour notre part, nous allons vers la masse des étudiants, vers les milliers et dizaines de milliers d’étudiants réunis en AG pour qui « Oui, la victoire est possible ! Nous pouvons gagner l’abrogation de la loi Vidal par la mobilisation indépendante et unie, dans les grèves et les manifestations ! ».

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