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Etre trotskiste aujourd’hui

Portrait de Nahuel Moreno

Par Nahuel Moreno

Dans les grandes lignes, cela signifie défendre les positions de principe du socialisme, du marxisme. C’est-à-dire, à mon avis, que les trotskistes sont de nos jours les seuls défenseurs des véritables positions marxistes.

Commençons par comprendre ce que signifie être véritablement marxiste. Nous ne pouvons pas en faire un culte, comme il a été fait de Mao ou de Staline. Etre trotskiste aujourd’hui ne signifie pas être d’accord avec tout ce que Trotski a dit ou écrit, mais savoir le critiquer ou le dépasser, tout comme par rapport à Marx, à Engels ou à Lénine, parce que le marxisme aspire à être scientifique, et la science enseigne qu’il n’y a pas de vérités absolues. Etre trotskiste est donc d’abord être critique, y compris du trotskisme.

Dans son aspect positif, être trotskiste c’est répondre à trois analyses et positions claires, concernant le programme.

Premièrement : tant que le capitalisme existera dans le monde ou dans un pays, il n’y a absolument pas de solution de fond, pour aucun problème : ni pour l’éducation, ni pour l’art, ni pour les problèmes plus généraux de la faim, de la misère croissante, etc.

Il en découle, bien que ce ne soit pas exactement la même chose, le besoin d’une lutte sans merci contre le capitalisme, jusqu’à son renversement, pour imposer un nouvel ordre économique et social dans le monde. Un ordre qui ne peut être autre que le socialisme.

Deuxièmement : dans les régions où la bourgeoisie a été expropriée (je parle de l’URSS et de tous les pays qui se disent du socialisme), il n’y a pas d’issue possible si l’on n’impose pas la démocratie ouvrière. Le «grand mal», la syphilis du mouvement ouvrier mondial est la bureaucratie, les méthodes totalitaires qui existent dans ces pays, ainsi que dans les organisations ouvrières, les syndicats et les partis qui se revendiquent comme étant de la classe ouvrière, et qui ont été corrompus par la bureaucratie.

C’est un grand succès de Trotski qui, le premier, a employé ce terme qui de nos jours a une acception universelle ; tous parlent de bureaucratie, parfois même les dirigeants de ces états que nous appelons ouvriers. Tant qu’il n’y aura pas la plus vaste démocratie, le socialisme n’aura pas commencé de se construire. Le socialisme n’est pas seulement une construction économique. Le trotskisme est le seul qui ait fait cette analyse. Il a aussi été le seul qui ait tiré la conclusion de la nécessité de faire une révolution dans tous ces états, ainsi que dans les syndicats, pour obtenir la démocratie ouvrière.

Troisièmement, une question décisive : le trotskisme est le seul qui soit conséquent face à la réalité économique-sociale mondiale actuelle, où un groupe de grandes compagnies transnationales domine pratiquement toute l’économie mondiale.

A ce phénomène économique-social, il faut répondre avec une organisation et une politique internationales.

Dans cette époque de mouvements nationalistes, qui jugent que tout se résout dans le pays même, le trotskisme est le seul qui dise qu’il n’y a de solution qu’à l’échelle de l’économie mondiale et par l’installation du nouvel ordre qui est le socialisme.

Pour cela, il est nécessaire de reprendre la tradition socialiste, l’existence d’une internationale socialiste qui assumera la stratégie et la tactique pour obtenir la défaite des grandes transnationales dominant la planète, pour inaugurer le socialisme qui sera mondial ou ne sera pas.

Si l’économie est mondiale, il doit y avoir une politique et une organisation mondiales des travailleurs pour que, d’une part, tout pays qui fait sa révolution étende cette révolution à l’échelle mondiale ; pour que, d’autre part, ces révolutions apportent chaque fois davantage de droits démocratiques à la classe ouvrière, afin que celle-ci puisse prendre son destin en mains par le biais de la démocratie.

Le socialisme ne peut pas être autre que mondial. Toutes les tentatives de faire un socialisme national ont échoué, parce que l’économie est mondiale et qu’il ne peut y avoir de solution économique-sociale des problèmes à l’intérieur des étroites frontières nationales d’un pays.

Ce qu’il faut mettre en échec, ce sont les transnationales à l’échelle mondiale pour entrer dans l’organisation socialiste mondiale.

C’est pourquoi, ce qu’est le trotskisme de nos jours peut être ainsi synthétisé : les trotskistes sont les seuls dans le monde à avoir une organisation mondiale, petite, faible…, tout ce que vous voudrez, mais la seule internationale existante, la Quatrième Internationale, qui reprend les traditions des internationales précédentes et les remet à jour face aux nouveaux phénomènes, selon une vision marxiste et la nécessité d’une lutte internationale.

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